Brice, coéquipier du club a réalisé un rêve, un grand rêve...celui de participer à son premier 100 km, en faisant la course à Millau. C'était samedi dernier.  Voici son récit...

Voici le CR de mon Millau 2010. .. Je précise la date car il y en aura d'autres c'est une évidence.

 

J'ai eu le déclic au marathon de Marseille que j'ai la chance de courir cette année comme meneur d'allure en 4h30. Je termine en 4h27 en me disant qu'en courant encore moins vite je peux courir encore plus longtemps. Facile ! Donc je m'inscris à Millau car c'est le 100km le plus renommé, il est bien positionné dans l'année car je vais pouvoir profiter des congés d'été d'Agnès et de sa disponibilité pour m'entrainer et la logistique est simple.

Début de l'entrainement le 5 juillet : je ne suis pas formaté pour suivre un plan d'entrainement ou pour faire une programmation précise. Je vais donc m'entrainer comme je le sens, en privilégiant les vitesses basses et le plaisir de courir. Je vise 4 sorties et 60 à 70km hebdomadaires. Au final j'aurai fait 45 sorties en 66h et 620km en 12 semaines.

La semaine précédent Millau je ne pense plus qu'à ça. Je prends du retard dans mon boulot, la pression monte, j'ai mal à la gorge, j'ai mal aux jambes : je suis stressé. 2 jours avant le jour J, la balade à la pleine lune me fait du bien car elle m'aide à rentrer dans ma bulle. Les copains vont courir et pas moi : eux sont dans leur truc et moi dans le mien et c'est bien ainsi. Guillaume fête sa 12e pleine lune consécutive : il a atteint son objectif. A moi de faire de même de mon côté.

Vendredi matin je prépare mes affaires comme un navigateur qui part pour 6 mois en mer : je déménage la maison ! Route vers Millau, installation au camping, pasta party, dodo.

Le matin de la course c'est Bruno qui me réveille par téléphone pour m'apporter ces encouragements. C'est sûrement bon signe.

Je finalise les 2 sacs que je retrouverai au 42e et au 72km : chaussettes, t-shirt, manches longues, collant longs, Arnica, barres diverses.

Depuis l'espace d'arrivée, nous partons en marchant en convoie vers la ligne de départ distante de 1,5km. Je discute avec un grand gars qui part sans accompagnateur pour sa première édition et avec un autre qui ne sait plus à combien il en est. Il a participé à la 2e édition en 73 !millau

Départ à 10h sans émotions particulières, ni stress, ni appréhension, ni plaisir : j'ai un truc à faire un point c'est tout. Rassurez-vous à la pancarte 1km le plaisir est déjà bien là !

Sur la route je retrouve Domi. Je ne sais pas comment je le connais mais je sais que c'est lui. Domi est organisateur d'une course à Peynier au mois de mai mais ça je vous en reparlerai plus tard... On fait 2 kilomètres ensemble, on parle de course à pied évidement. Le rythme est vraiment très, très cool et je file en lui souhaitant une bonne journée

Pour l'avoir vu être intervieuvé la veille à la remise des dossards, je reconnais sur le parcours le seul coureur à avoir participé à toutes les éditions de Millau : je le félicite et lui souhaite une bonne journée. Au 6e km sur le bord de la route je vois Serge COTTEREAU, le co-fondateur de Millau en 1972 et premier vainqueur de l'épreuve. Le deuxième co-fondateur, Bernard VIDAL, est décédé il y à 4 jours. Il aura droit à une minute de silence avant le départ comme un ancien vainqueur décédé il y a quelques semaines. Instinctivement je m'arrête devant Mr COTTEREAU, lui sert la main et le remercie pour la belle idée qu'il a eu il y a 39 ans. Il me dit que c'est à cause de lui que je vais en baver ; je lui réponds que c'est grâce à lui que je prend du plaisir ! J'ai adoré cette rencontre éclair.

C'est ça aussi Millau : des rencontres, des échanges, des discutions avec des inconnus.

Le premier semi le long de la rive droite du Tarn est paisible, relativement plate. Le rythme est sage : 37' au  km 5, 1h12 au km 10, 2h20 au 20ième, 3h au 25ième.pont_rozier

Après la traversée du Tarn au Rozier, le deuxième semi se coure le long de la rive gauche et nous ramène à Millau. Cette partie est très vallonnée. Ce n’est pas violent mais c'est rarement plat.

Arrivée à Millau au 42e en 5h : je change de t-shirt, de chaussettes et je repartsconfiant après une pause de 6 minutes tout compris.

La vraie histoire commence là avec la première difficulté de la journée : la côte qui nous amène sous le viaduc. Tout le monde autour de moi marche dans cette côte à 7%. Je crois être plus malin qu'eux et en alternant 2' de course et 1' de marche j'en double un paquet et c'est excellent pour mon moral. Mais arrivé au km 49 sous le viaduc, je suis en nage, j'ai faim et j'ai du mal à relancer dans la descente qui suit. Gros coup de moins bien entre le 50e et le 55e : si je commence à flancher maintenant la fin va être un enfer. Je reste calme, je bois, je commence à marcher et au village suivant ça va déjà mieux.

viaduc

Patiemment j'arrive au km 60 au pied de la côte de Tiergues : 2ième difficulté de la journée. J'ai fait une croix sur mon objectif secret de mettre 12h, une croix sur 12h30 et il m'a fallu faire 60 kilomètres pour comprendre que l'on ne vient pas à Millau pour faire un temps mais pour finir. Même les cadors le disent. Cette nouvelle façon d'appréhender la course me fait du bien, je relativise, j'ai retrouvé le sourire et je suis heureux d'être là où je suis. Je vais faire les 5km de montée en marchant et j'alterne marche et course dans la loooongue descente vers Saint Affrique.

Re-change de chaussettes, re-change de haut. J'échange la casquette contre la frontale et je repars après 15 minutes de pause. Beaucoup disent que la course commence là, au départ de Saint Affrique. Le bol de soupe m'a fait du bien. Je me sens d'y retourner. Il est 19h passé et la fraicheur tombe. Je fais la loooongue montée de Tiergues en sens inverse en marchant. Puis, comme à l'aller j'alterne course et marche dans la descente.

 

Habitué à courir de nuit, ma frontale reste éteinte. Je me fais rappeler à l'ordre par les Gendarmes qui assurent notre sécurité. Le retour vers St Gorges en faux plat descendant est long et pénible mais j'avance donc tout va bien. Je ne vous ais pas dit l'adage qui m'a porté à Millau ? : "N'ai jamais peur de ralentir ni même de t'arrêter mais ai toujours peur de ne jamais repartir".

Le 90e marque le bas de la dernière montée. Bien sur je marche mais le rythme des bras est plus rapide et à partir de maintenant je ne me ferai plus doubler : au contraire.

Deuxième passage sous le viaduc au 93e : ça va descendre vers Millau et il est temps de se mettre à courir vraiment mon gars ! J'accélère nettement dans la descente. Dernier ravito au 96e tenu par une bande de jeunes rugbyman. J'hésite entre un verre d'eau et un verre de bière mais pour le folklore ce sera de la bière !choppe_bi_re

A la sortie du ravito je rattrape un gars et lui demande s'il pense que l'on va faire 13h30. J'ai besoin d'être rassuré car au fond de moi, même si le temps n'a plus d'importance, je préfère faire 13h29 que 13h31. Je ne sais plus qu'elle est sa réponse mais à la pancarte 97 il me dit "oui ça va le faire sans forcer". Quelle assurance le type !

Je préfère ne pas le croire et j'accélère. Et même si je le crois, j'accélère quand même car une course se finit toujours à bloc. Le gars ne suit pas. Au 98e c'est déjà la fête dans ma tête.... Une micro bosse et il me faut ralentir puis tout de suite je repars sur mon rythme. Je crois que je commence à lever les bras avant la pancarte 99. Le dernier kilomètre est en faux plat montant dans une belle allée de platanes. Je prends beaucoup de plaisir dans ce dernier kilomètre. Virage à gauche pour rentrer dans le parc de la Victoire : je suis à fond ! Je monte la rampe en criant ma joie, entrée dans la salle, applaudissements, 13h27.

Le gars du 96e finira en 13h31…

Morale de l'histoire :

- il faut beaucoup travailler les descentes à l'entrainement,
- boire beaucoup d'eau avant, pendant et après la course,
- profiter de la vie avant qu'il ne soit trop tard,
- se donner rendez-vous le 24 septembre 2011 à Millau pour la 40e édition…

A bientôt !  et un lien pour une belle vidéo...