Dimanche 3 avril...
5h30: Réveil très matinal...trop matinal...pas la peine de te lever, mon gars, cette course n'est pas pour toi!
Une pensée vers tous ces concurrents qui doivent, à cette heure-ci  grignoter leur gatosport...ou autre blindage d'estomac...dans le village, j'en connais un (Brice) qui doit tergiverser un peu, beaucoup...

Mais bon dieu,  que j'aimerai être des leurs, aujourd'hui! Brice3
Cette longue, si longue traversée du désert qui m'accable...métaphore ironi-comique pour un traileur en panne de tendons...cette lourde peine n'en finit pas de m'éloigner de ces moments si intensément fébriles qui font vibrer tous les compétiteurs en l'âme, tous les sportifs friands de défis personnels...

Et quel défi!
Le trail de la sainte Victoire 2011 est un drôle de phénix...qui chaque année renaît et se métamorphose, toujours plus exigeant et toujours plus attirant.....un nouveau parcours long de 59 km ponctués de cailloux, d'ascensions vertigineuses, de lapiaz sur lesquels faudra jouer aux funambules, de plongées épiques, traîtresses parfois...3200 m de dénivelé positif à défier et même un peu plus à la descente car si le départ se fait de la maison de la sainte Victoire, l'arrivée, elle, est à Rousset.

Brice1

Il y a trois jours, Brice me faisait part de ses doutes...soucis de santé...je ne le croyais guère, pariant davantage sur la tension préalable aux gros enjeux sportifs...

 

Dimanche, 15h...
La journée est trop longue...ma sédentarité contrainte est trop criante et je m'en vais marcher le long du canal de Marseille, au-dessous de Coudoux...bien sûr, j'ai pris les chaussures de trail, histoire de trottiner un peu, beaucoup, passionnément, à la folie...pas du tout!

Et cette montagne, si belle, au loin, qui tranche l'horizon de sa masse grise déverse en moi des flashback de coureurs traversant cet univers minéral, dont l'aridité est ponctuée du jaune des argelas en fleurs et du bleu des bouquets de romarins...
Je me risque à appeler Brice, pour l'encourager...et lui transmettre un peu de cette énergie dont je ne sais que faire...

Voici sa réponse...
Merci Bruno pour ton message que j'ai écouté en descendant sur le sentier Imoucha.
 
Effectivement j'ai tourné aujourd'hui une sacrée page ! Mais elle est écornée.
Il y a 15 jours j'ai fait une mauvaise réaction alergique aux cyprès : je traite mal et la gorge et les sinus s'infectent. Impossible de respirer et gorge infectée. Vendredi rdv chez le doc qui me met sous antibio et cortisone. Pas top.
Hier samedi, je suis essouflé et en nage en passant la tondeuse dans notre petit jardin !!!!!.....
 
Je prends quand même le départ : en 50m, je sais que je pars pour un plan galère.
Abandon au 48e km après 9h30 de course : c'est bien d'être courageux mais il y a des limites !
 
Morale de l'histoire :
1 : je déteste les cyprès !Brice2
2 : je manquais de toute façon d'entrainement,
3 : si le résultat n'est pas au rdv : l'expérience acquise aujourd'hui (et elle est grande au niveau physique, technique et surtout psychologique) servira un jour


Effectivement, ta décision d'abandonner a dû être rude à prendre alors que tu tournais le dos à la montagne...
Mais ta lassitude se lit sur cette photo...

C'est dans les moments les plus difficiles que se dessinent les grands destins...